#JIF : CHRISTINE GARNIER,

UNE VISION MULTIPLE DES FEMMES

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En ce mois de lutte pour les droits des femmes, @femmes_magazine a donné la parole aux femmes du Luxembourg!!!! 💗 Parmis ces femmes, il y a notre Christine,

“Infirmière, présidente du Cigale, membre des Pink Ladies, qui explique sa vision de la femme et du féminisme à travers ses différentes casquettes”. 

Merci   FEMMES MAGAZINE pour cette platforme.
 

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Infirmière, présidente du Cigale, membre des Pink Ladies, Christine Garnier nous explique sa vision de la femme et du féminisme à travers ses différentes casquettes.

Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases ?

« J’ai 54 ans, je le précise, car ma façon de penser est liée à ma génération et à l’histoire du féminisme et LGBTQIA+. Je suis infirmière en CIPA (Centre intégré pour personnes âgées, ndlr) à mi-temps. J’emploie mon temps libre pour mes engagements. Je suis ainsi présidente de CIGALE asbl depuis 2020, qui est un centre LGBTIQ+ pour la visibilité, la non-discrimination et la représentativité des personnes LGBTQI+ au Luxembourg. Il propose entre autres : des formations, l’accueil et la sensibilisation des personnes LGBTQI+. IL est conventionné par le Ministère de la Famille, de l’intégration et à la grande région.

D’autre part, je suis profondément une Pink Ladies, je me revendique lesbienne féministe. Nous sommes un groupe de femmes lesbiennes, bisexuelles et queer, né de rencontres mensuelles organisées par l’association Rosa Lëtzebuerg il y a plus de 10 ans. Maintenant, Pink Ladies est autonome, c’est un lieu d’accueil. Les lesbiennes/bi/trans constituent une minorité au sein des autres femmes, parfois oubliées malgré nos revendications propres. Dans le féminisme il existe l’égalité hommes/femmes, c’est une évidence, mais j’ajoute que nos avons besoin d’une égalité entre les femmes. »

Quelle est votre définition du féminisme ?

« D’abord, détruire toutes les conventions patriarcales. Tant que le patriarcat existera, l’égalité hommes/femmes ne pourra pas se faire. Une réflexion m’est venue juste avant l’interview : si quelqu’un change de prénom, même sans forcément impacter le genre, tout le monde va poser des questions. En revanche, le fait qu’une femme se marie avec un homme et prenne son nom, paraît normal. On permet à une femme de perdre son nom de famille, sa personnalité, c’est effarant. 

Je suis féministe depuis l’âge de 4 ans. Quand je me suis aperçue qu’on me mettait en jupe et que je devais bien me tenir alors que le petit garçon à côté de moi, en pantalon, pouvait grimper aux arbres, j’ai tout de suite ressenti cette inégalité. J’étais très en colère et je le suis encore, car le combat persiste. Il faut détruire des schémas qui sont ancrés depuis des centaines d’années. »

Avez-vous perçu des évolutions au fils des années ?

« Quand j’étais adolescente, à l’époque du Mouvement de libération des femmes en France, les hommes le vivaient très mal. Il arrivait même que cela se transforme en grief : ‘tu es une MLF, tu me combats’. Dans ma vision des choses, il s’agissait vraiment d’une confrontation. Depuis quelques années, avec les nouvelles générations, le mouvement a changé, les féministes ont des alliés. La lutte est moins violente. Je suis très admirative du travail de la Jif et très heureuse que la grève des femmes existe. Je suis contente aussi que vous veniez m’interviewer, car la visibilité des femmes lesbiennes est très importante.

L’une de mes peurs liées au covid, est que nous ne sommes plus visibles dans la rue. Les événements sont tellement réduits, nous ne pouvons plus faire nos rencontres mensuelles Pink Ladies. C’est une période très difficile. Je m’imagine, si j’étais une jeune femme lesbienne en recherche de soutien… Les réseaux sociaux sont là bien sûr, mais je serais peut-être contente de savoir que je peux me rendre au moins une fois par mois à une rencontre lesbienne. Certaines femmes sont aussi très isolées. L’une d’elle m’a déjà dit que ces rencontres constituait ses seules sorties du mois. Cette phrase m’est restée en tête car tant qu’il y aura des personnes pour exprimer ça, je serai toujours active aux Pink Ladies. »

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Quelle est votre vision de la femme ?

« C’est simple, je n’ai pas une vision de la femme, j’ai des visions des femmes. C’est là toute la différence. La diversité fait partie de l’humanité. Un exemple très parlant : j’avais chez moi le livre d’Alice Coffin, Le génie lesbien, où elle est en couverture, avec les cheveux courts et un visage athlétique. Un ami, hétérosexuel avec sa façon de penser, me dit : « ah, c’est pas une femme, c’est un homme ». Ma définition découle de ce genre de réflexion. Les femmes sont différentes et nous devons les respecter et les promouvoir dans toute leur diversité physique ou sexuelle. 

Toute personne se définissant femme est femme. »

Revenons à Pink Ladies, qu’y faites-vous exactement ?

« Je précise que ce n’est que du bénévolat. Je participe à l’accueil des nouvelles personnes. Au départ, il s’agit simplement de s’asseoir à une table, celles qui le souhaitent, parlent et d’autres écoutent… Toutes sont libres d’interagir. Nous ne sommes pas des animatrices, nous sommes simplement accueillantes et bienveillantes. Pink Ladies est un lieu d’échange. On se rencontre aussi lors des manifestations, que ce soit contre les violences faites aux femmes, à la Jif ou aux Gay Prides. On adhère à toutes les revendications de la Jif. Nous nous sommes rencontrées à cinq Pink Ladies pour faire une vidéo avec nos propres revendications. »

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Quelle est votre mission au Cigale ?

« En tant que présidente, je veille à la bonne gestion du centre LGBTIQ+Cigale. Je signe la convention établie avec le Ministère de la Famille, de l’intégration et à la Grande Région et je veille à ce qu’elle corresponde à nos valeurs et à nos actions avec l’aide des personnes travaillant avec moi dans le conseil  d’administration. Nous sommes un centre pour la visibilité, la non-discrimination et la représentativité des personnes LGBTQI+ au Luxembourg. Le centre LGBTIQ1+ CIGALE est un centre communautaire, culturel, de compétences, il donne des formations,  se déplace dans les écoles pour expliquer ce que signifie être LGBTQI+. Nous travaillons également avec d’autres associations comme Amnesty International pour défendre des personnes LGBTIQ+ du monde entier. Le centre entretient des relations avec d’autre associations pour aider les réfugié·e·s parce que certaine.s sont parfois LGBTQI+, ce qui est encore plus difficile.

Je fais aussi du théâtre. J’ai réalisé le projet Coming Out Stories, pour lequel je suis montée sur scène afin de raconter des histoires de coming out. J’essaie d’allier mes loisirs et mes engagements. Quand j’arrive à faire du théâtre engagé, je suis la plus heureuse.»

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Que conseillerez-vous aux gens de faire pour aller vers un monde plus égalitaire ?

«  Je pense qu’il faut déjà réfléchir, et c’est toujours mieux avec d’autres personnes. Seul, on n’a pas beaucoup de poids. Si on trouve un groupe qui nous correspond au niveau éthique, politique, philosophique, je dirais de foncer. Il faut s’entourer de personnes à admirer, écouter, pour réfléchir ensemble. Lorsque cela vient de l’intérieur, que l’on souhaite s’engager, militer, ça nous porte. »

Quelles femmes vous inspirent ?

« Quand j’étais jeune,cette visibilité n’existait pas. Je ne trouvais personne qui me correspondait, c’est une chose qui m’a toujours manquée. Depuis, j’ai trouvé mes pairs en tant que lesbienne. La première personnalité qui m’a marqué était la joueuse de tennis française Amélie Mauresmo qui a fait son coming out. Ce qui était très rare en sport à l’époque. 

Après, en tant que femme française il y a eu Simone Veil, qui m’a portée. Ensuite, des personnes comme Virginie Despentes par ses écritures, Frida Kahlo par son art… et puis des inconnues qui n’ont pas forcément été visibles dans l’histoire parce qu’elles étaient lesbiennes. Il y a Violette Morris qui était une des premières femmes sportives de haut niveau. Et des anciennes qui ressortent maintenant, des femmes qui étaient cachées à l’époque. Elles ont vraiment percé des années après leur mort parce qu’elles étaient elles-mêmes. Et ça me nourrit et me porte. »

Y aurait-il quelque chose que vous voudriez ajouter pour conclure ?

« Je voudrais dire que là où je trouve un grand bonheur, c’est avec mes pairs. C’est une énergie que je ne trouve nulle part ailleurs. Peut-être parce qu’il n’y a pas le patriarcat au-dessus. Mais je trouve, et c’est un ressenti personnel, qu’on a une énergie fantastique quand il n’est pas là. »